Les sourires

Parfois il y a le sourire resté sans réponse. On croise le regard, on tente d’être celui qui commence, mais la réaction ne vient pas, ou elle n’est faite que d’une grimace forcée qui demande toute l’imagination du monde pour y voir un sourire. Alors celui que l’on essayait de débuter meurt, trop faible et trop seul pour survivre. Les regards se fuient pour ne pas regarder l’inconfort dans les yeux.

Mais le plus mémorable reste toujours le sourire incontrôlable. Souvent il commence discret, sans que l’on sache trop pourquoi il naît ni qui l’a commencé. Mais se répondant de part et d’autre, il grandit, prenant de la force, échappant à tout contrôle et balayant les masques que nous pensions porter. Deux sourires rayonnants auxquels aucun des deux auteurs ne peut rien, ni ne le veut d’ailleurs. Un instant d’intimité entre deux étrangers.

Ce genre de sourire reste présent en mémoire pendant des années, et si plusieurs années après je me souviens de ces instants partagés, alors sûrement ces personnes s’en souviennent également. Nous ne nous connaissons pas, mais nous nous souvenons, nous partageons cet instant.

Métaphore

Il y a une chose difficile à accepter dans le cas d’un accident nucléaire comme celui qui s’est produit l’année dernière au Japon, et plus généralement dans le cas d’une pollution ayant des effets statistiques sur la santé. Cet accident va entraîner des problèmes de santé, des cancers, et vraisemblablement des morts sur le long terme, mais il est impossible de pointer un cas et affirmer qu’il est dû à cette pollution. On peut seulement se contenter de constater une différence statistique. Pire, il est difficile, sinon impossible, de faire même la part entre ce facteur et d’autres.

L’autre jour en passant devant un magasin de fleurs j’observais la queue de clients en cette veille de Saint Valentin. Le nombre de clients est certainement significativement plus élevé en cette période, comparativement à d’habitude. Mais le reste de l’année il y a tout de même des clients. Aussi pour un observateur extérieur, alors s’il semble évident que cette queue est due à la période, il est impossible de pointer du doigt un client et affirmer que c’est la Saint Valentin qui le fait se déplacer. Sauf à lui demander bien sûr. :)

Que faire lorsque l’on perd sa SUICA

Cet article ne va concerner qu’un nombre réduit de personnes, à savoir les francophones résidant au Japon, puisque comme l’indique le titre il explique ce qu’il faut faire lorsque l’on perd sa carte SUICA. Mais cela me donne l’occasion de rédiger quelque chose, ce que je n’ai pas fait depuis trop longtemps. Avec de la chance il servira à quelqu’un arrivé ici après une recherche Google.

Par égard pour ceux qui continuent à lire alors qu’ils ne sont pas concernés, je vais préciser que la carte SUICA est une carte à base de RFID utilisée dans certaines parties du Japon (je ne sais pas lesquelles, je sais juste qu’à Nagoya je ne pouvais pas l’utiliser car les machines ne connaissaient que le PASMO) et servant notamment de titre de transport. On peut y ajouter de l’argent grâce à des bornes et ainsi payer son transport simplement en passant les portiques, ou l’utiliser pour payer dans les combini ou même aux distributeurs de boissons (une race dominante, qui semble tolérer la présence des humains). En cela c’est une version réussie du Moneo. On peut également l’utiliser comme support pour son abonnement, le commuter pass, ce qui est tout de même autrement plus pratique qu’un billet magnétique dont l’espérance de vie pour un usage quotidien est probablement très inférieure à la durée de l’abonnement. En cela c’est un équivalent du Pass Navigo.

Il y a deux semaines j’ai donc égaré cette carte, et si je n’étais pas trop ému à l’idée de ne plus revoir le millier de Yens que je me souvenais avoir dessus, j’étais déjà beaucoup plus triste pour mon abonnement de six mois que je venais tout juste de renouveler. Après avoir attendu quelques jours avec l’espoir de remettre la main dessus ou que l’on me contacte pour me prévenir qu’elle avait été retrouvée (mes coordonnées étant présentes dessus ; on n’est pas obligé de les indiquer il me semble), j’ai finalement fait le deuil de cette idée et me suis rendu dans un bureau JR (Japan Railway) afin de faire une nouvelle carte.

Là j’ai dû remplir un formulaire de demande et présenter ma carte de gaijin, que le guichetier a utilisés pour retrouver mes références dans sa base de données et finir de remplir le formulaire, et me suis vu remettre un coupon magnétique à apporter le lendemain pour obtenir une nouvelle carte. Deux jours plus tard — car le lendemain j’étais bien trop occupé à tester quelques grands huit — je suis donc allé au même bureau, où il m’a effectivement suffit de donner ce coupon et montrer à nouveau ma carte de gaijin pour récupérer, moyennant 1000 Yen (si j’ai bien compris : 500 pour la carte comme d’habitude, et 500 de frais), une nouvelle SUICA avec mon abonnement ainsi que la quantité de crédit que je me souvenais à peu près avoir.

En bref, si vous perdez votre carte SUICA mais que vous aviez indiqué vos coordonnées (il me semble que cette condition est obligatoire), la mésaventure ne vous coûtera que 1000 Yen et les frais de transport que vous aurez pendant ce temps, ainsi que deux visites au guichet.