Si demain je mourais, mes amis sur Internet le sauraient-ils ?

Vous êtes vous déjà demandé ce qu’il adviendrait de votre identité sur Internet si vous veniez à mourir ? Vos contacts sur Internet seraient-ils seulement au courant ? C’est une question que je me suis posée plusieurs fois, à mesure que le nombre de mes cyber-connaissances augmentait. J’ai un jour eu un début de réponse.

C’est bête à dire, mais on peut mourir du jour au lendemain, quelque soit l’âge, et de façon aussi violente qu’inattendue. L’association dont je fais partie organise un concours d’informatique. Chaque année nous envoyons un courrier aux anciens candidats encore en âge de participer pour leur proposer de retenter l’expérience. Une année l’une des lettres nous est revenue, avec au dos quelques mots de la mère du candidat, nous expliquant que celui-ci avait été tué, renversé par une voiture. Ça fait un choc, on ne s’y attend pas, surtout quand la limite d’âge est de vingt ans. Quelqu’un de moins de vingt ans, ça ne meurt pas, enfin seulement statistiquement. En fait si.

Et sans ce courrier, on ne l’aurait jamais su. Si on n’avait pas rencontré cette personne, si on n’avait pas eu ses coordonnées postales, et que l’on s’était contentés de la contacter par mail, autrement dit, si on ne l’avait connue que par Internet : aurait-on appris la nouvelle ? Il me semble probable que l’on n’aurait jamais eu de réponse, et pensé que la personne n’utilisait plus cette adresse, ou qu’elle n’avait pas l’intention de répondre. Elle aurait simplement disparu de notre paysage de connaissances sans laisser de trace, et certainement pas de deuil.

Alors que se passerait-il dans le cas d’un contact régulier, un ami ou une relation de travail, sur un réseau social, sur messagerie instantanée, sur IRC, ou sur une mailing-list ? Parmi mes contacts réguliers sur Internet, il y a les personnes que je côtoie dans la vie de tous les jours bien sûr, mais aussi des personnes que je ne vois plus car elles ont déménagé, voire se sont installées dans un autre pays. Cela dit ces personnes sont en contact avec des amis communs, aussi elles seraient probablement rapidement informées si quelque chose m’arrivait. Mais il y a également des personnes auxquelles j’attache de l’importance et que je n’ai pour autant jamais rencontrées, ou même qui habitent dans des pays où je n’ai jamais seulement mis les pieds. Il y a également des personnes que j’ai rencontrées, des amis mêmes, mais avec qui mon seul contact du fait de la distance et du décalage horaire est Internet.

Toutes ces personnes ne me voient qu’à travers mes mails, mon site, mon blog, mes photos… Bref par mon activité sur le net. Si tout à coup une telle personne ne donne plus de nouvelles : on se dit que ses horaires où ses habitudes ont changé, que sa charge de travail a augmenté, ou tout simplement qu’elle ne souhaite plus nous parler. On y accordera une importance pouvant aller d’un extrême, à l’autre. Selon les rapports avec cette personne. (^&

Ce smiley que je viens d’utiliser, je le l’aimais beaucoup. Un côté espiègle et original. Je ne l’ai jamais vu que sur les mailing-list de OpenGLUT et FreeGLUT (deux projets libres visant à remplacer GLUT, une bibliothèque propriétaire plus du tout maintenue). En fait, il n’y avait qu’une seule personne utilisant ce smiley, et le voir suffisait à identifier l’auteur du mail comme une marque caractéristique. Sur une telle mailing-list, les gens vont et viennent : il y a les mainteneurs, qui sont plus ou moins actifs par période selon leurs disponibilités, et les utilisateurs parmi lesquels on distingue les habitués de ceux qui passent sans jamais revenir. Alors lorsque quelqu’un ne poste plus, cela n’a rien de surprenant, et on le remarque ou pas. En ce qui me concerne, j’ai remarqué lorsque les smilies ne sont plus apparus. Je ne m’en suis pas inquiété, mais je l’ai remarqué. Son auteur devait être occupé, peut-être même au point de ne plus du tout pouvoir s’impliquer dans ces projets.

Et puis un jour, plus d’un an après. le responsable du projet a posté un mail, dans lequel les citations permettaient de voir le cheminement de l’information, depuis la mailing-list de NetBSD à celle de OpenGLUT puis de FreeGLUT. Avec dix mois de retard, on venait d’apprendre qu’il était décédé, tué par un chauffard ivre alors qu’il était en vélo.

Il s’appelait Richard Rauch, et était un contributeur important du projet NetBSD. Aussi son frère avait envoyé un mail aux responsables de ce projet pour les en informer. Le responsable d’OpenGLUT était tombé quant à lui sur ce message dix mois plus tard.

Je ne connaissais pas cette personne, j’avais seulement eu quelques échanges sur la mailing-list. Mais j’avais remarqué la disparition de son smiley si caractéristique, quelques mois avant la disparition de son auteur.

Le mail à la communauté NetBSD date du 14 mars 2006. Dans trois jours, ça fera trois ans.

ML freeglut : FW: [Fwd: Re: Richard Rauch]
NetBSD community : Richard Rauch gone
One of our own has fallen

5 réflexions au sujet de « Si demain je mourais, mes amis sur Internet le sauraient-ils ? »

  1. En effet. Récemment, la mort de Roland Piquepaille a été annoncée dans Slashdot dont il était un contributeur scientifique assidu.

    Hier soir, c’est toute la communauté Scala qui mettait son énergie de hacker pour empêcher le suicide de Tony Morris : de l’info pertinente trouvée et croisée rapidement, de bonnes idées, contact de la police australienne via Skype et malgré le décalage horaire…
    http://www.nabble.com/-scala–URGENT%3A-Please-read-if-you-have-any-information-about-Tony-Morris-to22462911.html

    Enfin, toujours dans les thèmes très gais, il existe des services de « mail post-mortem » (il faut qu’un tiers de confiance prévienne le site… dommage s’il est avec toi dans le même accident de voiture), ainsi qu’une discussion passionnante (et très geek) sur Ask Slashdot, datant d’il y a quelques années, mais je ne le retrouve pas :(

  2. Merci beaucoup pour ton commentaire.

    Voir cette communauté remuer ciel et terre pour contacter une personne dont ils n’ont même pas l’adresse est remarquable. J’imagine le stress des personnes en question…

    Pour ce qui est de la solution technique, c’est une question qui se pose bien sûr. Personnellement je pensais plus à une solution passive, quitte à demander automatiquement une confirmation à des tiers considérés de confiance.

    Mais cette question n’était pas le sujet du billet ; je voulais simplement parler de ce qu’il peut se passer dans une telle situation. Car le fait est qu’avec Internet, on se retrouve avec des groupes d’amis qui ne sont pratiquement plus connexes, ce qui est la grosse différence avec les relations classiques.

    Si je venais à mourir, quelque part, je préférerais que mes amis le sachent, plutôt que de se demander pourquoi je ne réponds plus.

  3. Haha, heureusement pour moi, non. J’ai été pas mal pris récemment, pas le boulot tout d’abord, puis par des vacances loin.

    J’ai des choses à décanter avant de poster à nouveau, et puis toujours quelques billets en attente.

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