Échec de supermarché

Geoffroy est frigoriste (ce n’est pas son vrai nom, juste un jeu de mots, que j’assume). Son métier, c’est de poser des installations réfrigérantes : climatisations à l’échelle de bâtiments, chambres froides, bref, du lourd. Chaque rencontre avec ce personnage est l’occasion d’apprendre des anecdotes fabuleuses vécues au cours de ses derniers chantiers. En voici une de toute beauté.

Aujourd’hui Geoffroy travaille sur un chantier de supermarché en construction. Autant dire que pour ce genre de construction, il y a de quoi faire : climatisation du bâtiment, rayonnages réfrigérés, chambres froides. Et quand il y a de quoi faire, il y a de quoi échouer.

Le fait que les décideurs décident soudain de modifier l’agencement des rayons une quinzaine de jours avant l’ouverture en est un premier. « Quel est le problème ? auront-ils sans doute pensé… Ce ne sont que des meubles ! » Le problème c’est qu’un rayon réfrigéré est un peu plus qu’un meuble, et que s’il est possible de mettre une gouttière pour les canalisations d’évacuation en dessous, pour ce qui est des canalisations de fluide calorique au dessus, il compter au moins deux jours par cinq personnes. Le frigoriste répond donc que non, ce n’est pas possible, car ce n’est pas juste une sorte de grosse armoire bretonne avec de la lumière. Mais ça c’est juste un petit échec, pour se mettre de bonne humeur.

Le vrai échec, celui qui fait mal, c’est lorsque le décideur vient s’enquérir du bon avancement des travaux, et apprend alors que contrairement à ce qu’il imaginait, les chambres froides ne seront pas prêtes pour le lendemain, car le triphasé n’étant pas encore installé, les frigoristes ne peuvent procéder aux tests de leurs installations. Le vrai échec, c’est quand le décideur comprend alors qu’il va falloir qu’il trouve une solution le temps que le triphasé soit installé, une semaine au bas mot, pour son stock de surgelés qui arrive… le surlendemain. Et à ce stade, ce n’est même plus la peine de penser aux tests.

Or de telles chambres utilisent des compresseurs gros comme des buffets, qui nécessitent au total quelque chose comme 400kW. C’est monstrueux, pratiquement la consommation d’un lotissement d’une centaine d’habitations. Pour fournir une telle puissance, il faut un groupe électrogène d’au moins quatre tonnes, ainsi qu’une citerne pour nourrir ce goinfre qui va engloutir plusieurs dizaines de litres de diesel à l’heure. Il faut compter pour s’offrir un tel jouet 50k€ au bas mot, ou plus raisonnablement au moins 1000€ par jour à la location, et probablement autant en diesel.

Voilà un échec grandiose. Personnellement je suis admiratif.

6 réflexions au sujet de « Échec de supermarché »

  1. Peut mieux faire ! ! ! Une autisterie a 14 000 Euros. Oublier la cale avant de déplacer un satellite coute beaucoup plus cher ;)

    Et rien que dans une association étudiante dont je tairai le non, des autisteries a plusieurs milliers d’euros ca c’est déja fait…

  2. Ah c’est sûr que le satellite jouait dans une catégorie au dessus.

    Mais j’imagine la tête du directeur quand il comprend qu’il lui reste à peine vingt quatre heures pour trouver 400kW, sans quoi il pourra renvoyer ses deux semi-remorques de nourriture…

    L’histoire ne dit pas quelle est la facture finale, mais ce doit encore plus que les chiffres que je donne (je ne serais pas étonné que ce soit le double ou le triple), car se procurer un groupe électrogène de cette taille du jour au lendemain, ça doit certainement coûter cher.

  3. Questions subsidiaire : Sachant que le détroit de gibraltar peut se traverser en ferry le directeur ne va t’il pas seulement re-router (plutot que de renvoyer) son camion frigorifique vers l’affrique.

    De même qu’il romp les amarres avec le vieux continent il pourra du coup rompre impunément la chaine du froid ! ! !

  4. Il y avais aussi dans les fantaisies de l’architecte de placer la nourrisse de distribution de l’eau chaude (45/55°C) à destination des planchers chauffants (ainsi donc touts les départs et retours) dans le labo de préparation (à savoir une pièce climatisé) à 0°C.

  5. Bien sur que si, c’est la même team infernale.

    j’ai trouve le modèle :
    au 3/4 de la charge c’est 80l/h (mais bon comme on tournais en surcharge et que le groupe électrogène calait des que l’on allumait la lumière dans une piece …)

    On va dire que ce qui coûte le plus cher … c’est le produit pour garder ses nerfs intacts.

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