Privilégiés

Cette semaine, parcourant le rayon langues étrangères d’une librairie, j’ai feuilleté très brièvement un livre de roumain. Ne connaissant absolument pas cette langue, j’étais surpris de constater avec quelle facilité il était possible d’identifier la structure de la phrase que le hasard proposait. S’il me serait certainement impossible de lire un texte écrit dans cette langue, plus de la moitié des mots de la phrase étaient néanmoins compréhensibles.

Dans l’apprentissage d’une langue, je vois essentiellement cinq difficultés distinctes qui peuvent apparaître : la grammaire, le vocabulaire, la prononciation, l’écriture, et enfin les aspects culturels (tournures contemporaines, métaphores, etc.).

En Europe, les langues sont d’une même origine indo-européenne, et ont donc une grammaire souvent très proche (sujet, verbe, complément) quand elle n’est pas absolument identique, et un vocabulaire partageant des racines communes. De plus, bien que cela soit presque considéré comme ne méritant pas d’être remarqué, l’écriture utilise les mêmes caractères avec juste quelques variations des accents. Finalement les seules difficultés restantes sont la prononciation, et les aspects culturels.

La prononciation est d’ailleurs un point qui présente un réel problème, car produire des sons est une chose qui s’apprend très tôt, et une fois que cela est cablé dans le cerveau il est très difficile d’ajouter, et même de reconnaître, de nouveaux sons. Il n’est pas question ici de consonnes, qui une fois décrites sont facilement reproductibles, mais de voyelles. Il me semble qu’il en existe en tout une vingtaine.

Fort heureusement en français, avec quinze voyelles distinctes (à savoir « a », « â », « an », « e », « eu », « é », « è », « i », « in », « o » ouvert, « ô », « on », « u », « un », « ou », et voire même une seizième en comptant le « e » final marseillais), nous n’en avons que peu de nouvelles à apprendre.

Autant dire que nous avons de la chance.

3 réflexions au sujet de « Privilégiés »

  1. Pas comme certains…
    Laissons la parole à Toru Imomura, qui a souhaité s’exprimer (mais pas à ce sujet) lors du stage de Go de cet été :
    « Dju… Dju pense que ton delunié ku, là, ché torès maubais. »

  2. le francais et ses 15 pauvres voyelles est une langue étriquée. Pas de voyelles longues ou brèves, mais toutes pareilles ; faible nombre des sons nasalisés et des diphtongues…
    Le breton par exemple en possède au moins le double!
    Sa prononciation est d’ailleurs pratiquement hors de portée des francophones…

  3. La longueur d’une voyelle ou une diphtongue n’ont pas d’influence marquée sur la difficulté de prononciation. A partir du moment où l’on sait prononcer « i », on sait le faire brièvement ou longuement. Et si l’on sait prononcer « o », on sait prononcer la diphtongue « io » ou « oi ». Après je ne sais pas ce que cela donne avec les intonations ; le chinois est célèbre pour faire une forte distinction.

    Par contre quand on ne sait pas prononcer une voyelle, le « u » français par exemple, la difficulté est énorme, beaucoup plus que l’apprentissage d’une consonne, ne serait-ce que parce qu’on ne reconnaît pas le son lorsqu’on l’entend.

    C’est en cela que le français est au contraire une langue plutôt riche au niveau des voyelles, même si effectivement toutes ne sont pas nasalisées, et que certaines se perdent (distinction entre « in » et « un », entre « a » et « â »…).

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